Le Trône de Fer JCE
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 [Récit] Les rêves de Feyzin

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Maeth
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Maeth


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MessageSujet: [Récit] Les rêves de Feyzin   [Récit] Les rêves de Feyzin EmptyVen 14 Jan 2011 - 23:46

Bonjour !

Encore un extrait de RP, long, cette fois-ci. (Je pense qu'il va prendre quelques posts.)

Avis aux Lyonnais : ici, Feyzin n'est pas la ville (quoiqu'il en est inspiré, j'ai mis sa fiche de présentation pour que vous compreniez pourquoi - et certaines parties du récit), mais le personnage qui, réellement, rêve. Ayant subi un traumatisme psychologique, il est plongé dans un semi coma, qui va durer quelques jours. Où il ne sera pas seul cependant, comme vous pourrez le constater. (Le personnage qui intervient dans ses rêves n'était pas encore connu dans le RP, alors je me suis beaucoup amusée.)
Chaque post est une sorte de chapitre dans ces rêves, je crois que le mieux est que je le retranscrive de la même manière.

Bonne lecture, en espérant que ça vous plaise, que vous arriverez au bout et que vous comprendrez ce qui se passe ! Laughing


Spoiler:

Tout était si calme... Feyzin marchait, il était serein. Il était dans une petite prairie, composée d'herbes et de fleurs. Ainsi entouré de verdure, il avait l'impression de retourner à la source, de retrouver ses origines... Jamais il n'avait eu autant cette impression d'être un elfe. Il respirait profondément, l'air était pur. Celui des villes chargé de poussières et de fumées, rien de comparable. Il était réellement dans son élément... Puis il s'arrêta. Cet endroit était tranquille, il voulait en profiter avant de devoir aller ailleurs. Ailleurs... Où ? Il ne savait pas... Mais voulait rester là... Il s'allongea, la nuque sur ses main, et ferma les yeux, sentant les rayons du soleil réchauffer sa peau, la lente brise caresser son visage. Il était bien. Jamais il n'avait été aussi bien... Rien ne semblait pouvoir trouver ce moment... Il arrêta de penser. C'était toujours à ce moment là que quelque chose venait le contredire. Il laissa son esprit s'envoler, trouver le repos...
S'était-il endormi ? C'était possible. Pourtant, il avait les yeux ouverts. Quelque chose lui chatouillait le visage. Il le voyait. Des ailes faites d'or et d'azur, de pourpre et de lune... Un papillon s'était posé sur son nez. Il se redressa. L'insecte s'envola. Feyzin resta assis dans la pelouse, les jambes étendues confortablement, mais tendit la main, il revint. Posé sur son index déplié, il se laissa observer à loisir. Le corps pourtant fin se gonflait régulièrement... comme au rythme d'une respiration. Intriguant. Le demi-elfe n'avait pas connaissance de cela... Il n'était pas un expert en faune, mais il ne lui semblait pas que ce fait soit possible... Les couleurs chatoyantes de la voilure noble se reflétaient sur la paume du jeune homme, qui ne cessait de les admirer. C'était extraordinaire... Parure de jour, bagage de nuit... Malgré la forme de ses ailes et ses couleurs, le papillon présentait des antennes larges et faites de plumeaux... Drôle de combinaison...


- Tu es spécial, toi...

Etait-ce le son de sa voix, ou juste le souffle que ses paroles provoquèrent ? Le papillon décolla prestement, virevoltant au gré des courants d'air, s'éloignant de plus en plus rapidement du curieux. Ce dernier se leva, et, sans trop savoir pourquoi, suivit l'insecte magnifique. Il restait dans la même clairière, et pourtant, ce que croisaient les pieds du forgeron changeait... Les herbes et les plantes se suivaient, les fleurs ne se ressemblaient pas. Finalement, comme si son but était d'être rattrapé par le jeune homme, le papillon se posa doucement sur un nouveau perchoir. Feyzin y arriva peu après, et détailla le portique. Il paraissait vieux, mais avait dû longtemps servir de jeu à des enfants... La balançoire de corde et de bois était tombée à terre. Distraitement, il la ramassa, et raccorda les nœuds aux crochets suspendus. Cela lui rappelait des souvenirs... Cette balançoire... Quel souvenirs ? Il avait toujours voyagé avec son père, sans pouvoir s'attarder auprès de ce genre de récréation. Il lui semblait même que c'était la première fois qu'il en voyait une telle... Il en fit le tour, regarda sur le côté. Un endroit avait été comme labouré, et des fleurs encore plus belles que les autres poussaient sur ce petit coin privilégié... C'était là qu'il avait enterré ses souris, quand il était tout gosse. Un vent de nostalgie passa sur son visage. Pourtant, c'était étrange... Il n'avait jamais eu de souris, ni aucun animal de compagnie...

Tu en es sûr ?

Il en était sûr. Ces souvenirs ne lui appartenaient pas. Son père avait toujours été sa seule compagnie, et cela lui avait toujours suffi. Il n'avait jamais rien demandé d'autre, et ne le regrettait pas. La vie qu'il avait mené jusque là l'avait vraiment rendu heureux...

Alors pourquoi es-tu si triste ?

Il avait alors sept ans. Elevé par un humain, comme un humain, sa race réelle n'avait que peu influé sur sa maturité. Même s'il paraissait bien plus jeune, l'enfant avait en conscience son âge réel. Il était la fierté de son père, et le savait. Mais le jeune garçon était sage, pas du genre à en profiter. Il aidait son parent en toute droiture, et n'en récoltait aucune gloire. Lloyd utilisait son talent de forgeron, œuvrant pour des travaux peu onéreux, juste de quoi lui permettre de vivre convenablement avec son fils. Il le couvait un peu, et le savait, mais ne laissait jamais personne dicter sa conduite ou le guider dans l'éducation de son fils. Feyzin s'épanouissait en solitaire, mais était pour tous un garçon malgré tout charmant. Il était sans doute l'enfant que tous les parents rêvaient d'avoir, mais n'avait juste pas beaucoup d'occasions de le démontrer. Ayant perdu sa mère très tôt, il ne s'en souvenait pas. Mais il avait vite compris les enjeux de la vie dans laquelle son père l'avait entraîné, et les caprices n'y avaient pas leur place. Pour cela, souvent, on le jugeait différemment des enfants de son âge, et il ne s'entendait pas bien avec ces derniers. D'autant plus que personne n'oubliait son apparence peu commune. Mais cela n'avait pas d'importance, ils ne restaient jamais bien longtemps au même endroit...

Cela faisait déjà bien longtemps qu'ils avaient quitté la dernière ville. Lloyd et son fils suivaient la lisière de la forêt, pour toujours pouvoir espérer trouver de quoi manger. Ils n'avaient pas croisé un seul voyageur, pas âme qui vive pour les guider, ils avaient pour seule compagnie les animaux de la forêt, leur gibier... Pourtant, on pouvait difficilement dire que l'Orient était dépeuplé...
Le jeune Feyzin n'était pas aveugle, et était même un garçon plutôt perspicace. Il jetait de temps en temps des regards inquiets vers son père. Plus que l'absence de clients potentiels et la solitude, c'était le moral du forgeron qui l'angoissait. L'homme n'avait pas dit un mot depuis des heures, et guidait la carriole machinalement. Feyzin était même parfois obligé de rectifier sa trajectoire, pour éviter qu'elle ne se renverse en roulant sur un gros rocher... Son père était ailleurs, ne faisait plus attention à rien, même pas à lui, perdu jusqu'au plus profond de ses pensées...
Vérifiant qu'il n'y avait pas d'obstacle au devant, le garçon partit en reconnaissance un peu plus loin. Il repéra rapidement une clairière qui s'enfonçait dans la forêt. Même à cette allure nonchalante, ils y seraient bientôt. L'enfant revint vers son père, et fit glisser de ses mains les rênes de leur unique bête de somme. L'homme baissa la tête vers lui, et un sourire s'échappa de ses yeux vitreux. Feyzin connaissait cette expression, cela lui arrivait souvent... Mais il ne lui en avait jamais parlé, et lui ne réussissait pas encore à percer ces mystères. Il ne savait pas pourquoi il était dans cet état, ni la raison de ce sourire. C'était un fait établi, et il devait s'en contenter.

L'enfant arrêta bientôt le petit convoi, défit le joug léger qui retenait l'âne. Il attacha les rênes à la charrette, assez lâchement pour que l'équidé puisse brouter. Il se retourna alors vers son père. Celui-ci s'était assis spontanément, sur un coussin d'herbe fraîche. Ce n'était pas plus mal, cela définirait l'emplacement du campement. Ils y resteraient jusqu'au lendemain, sauf si l'homme sortait de sa mélancolie lascive avant la nuit. Feyzin connaissait bien le principe, et s'activa bientôt pour réunir assez de bois pour faire un feu. Des brindilles, des branchettes, des morceaux plus épais... Il ramassa tout ça, et le disposa à distance raisonnable des jambes de son père, avant d'entourer ce qui allait former un foyer de pierres de diverses tailles, assez pour isoler la pyramide de bois du reste de la plaine. Il ne l'allumerait pas tout de suite. Le Soleil était encore haut, et sa chaleur suffisait. Sans perdre l'homme apathique du regard plus d'une minute, il se mit à farfouiller dans des paniers, pour trouver bientôt ce qu'il cherchait : des cordes fines et solides, de quoi faire des collets. Constatant, désolé, que son père ne risquait pas encore de bouger, l'enfant s'enfonça dans la foret toute proche pour poser ses pièges. Avec un peu de chance, ils attraperaient un ou deux lapins pour le dîner... Craignant toujours pour son père, Feyzin ne mit pas longtemps à revenir. Quand il avait quelque chose du genre à faire, il savait s'activer, vite et bien. Il retrouva l'homme à la même place, exactement. L'enfant avait préparé le terrain, il ne lui restait plus rien à faire. Vérifiant une dernière que l'âne ne manquerait de rien sans risquer de s'échapper, il décida de se reposer à son tour. Le jeune garçon retrouva alors son rôle normal, il s'assit à côté de son père, posa la tête sur ses genoux. Il le veilla un moment, se demandant s'il le sentait contre lui, s'il le protégeait, avant de s'endormir peu de temps après.

Quand Feyzin ouvrit les yeux, les créatures de la nuit commençaient à s'éveiller. Entre chien et loup, c'était le meilleur moment pour les prédateurs. Se redressant, immédiatement réveillé, il frotta une allumette contre la roche pour enflammer les brindilles. Si tout se passait bien, s'il avait placé chaque branche comme il fallait, le feu se répandrait bientôt au petit bûcher, assurance de repousser les opportuns. Le garçon repensa aux collets posés un peu plus tôt. Il aurait dû les relever avant que la nui tombe, mais pour cela, c'était trop tard. Peut-être devrait-il le faire avant de voir les étoiles de façon trop franche, mais il devrait attendre un peu. Il les avait posé relativement loin, et cela n'excluait pas qu'un loup lui tombe dessus lorsqu'il s'engagerait pour les trouver. Cela n'excluait pas non plus que ce même loup ait pu trouver une proie offerte dans le piège, ne laissant qu'un lien sanglant... L'enfant frissonna. Cela valait-il le coup de prendre ce risque ? Son estomac protesta énergiquement. Visiblement oui. Et s'il avait aussi faim, il était probable que son père également... Toujours immobile... Il ne pouvait pas le laisser ainsi... Le feu le protègerait, et il alla se confectionner une torche pour voir où il allait mettre les pieds...
Il partit. C'était peut-être inconscient de sa part, mais avec son père incapable de faire quoique ce soit, il fallait bien qu'il s'en charge. Même si la forêt se découpait en ombres sur son chemin, il retrouva sans trop de peine les lacets qu'il avait posé. Le premier était vide. Sans doute trop proche du camp, leur simple présence avait empêché les proies d'être trop imprudentes. Le second aussi, ou plutôt, vidé, comme il en avait eu l'intuition. Ce n'était pas de bonne augure, il y avait bien des bêtes qui rôdaient. Le troisième fut le bon. Le lièvre était encore jeune, mais cela suffirait pour deux. Et si son père était affamé, lui saurait retenir son appétit. Il ramena le rongeur tremblant par les oreilles, ne prenant pas la peine d'enlever les autres ficelles. Anxieux, et avec raison, il courut vers le campement pour se retrouver à l'abri derrière les flammes. Sa torche n'était pas assez huilée, ou bien elle s'était consommée trop vite, sa lumière s'éteignait peu à peu...

Le retour au camp se fit lapin en avant. Malgré le danger, le petit Feyzin était quand même content d'avoir eu une prise, et c'était bien naturel. Il n'avait croisé le chemin d'aucun carnassier, alors il ne s'inquiétait plus. Il ramenait de quoi manger, et si son père le voyait au travers de la brume qui obscurcissait ses yeux, alors il serait content. Son père le regardait, oui. Et il sourit en voyant la joie de son fils. Ce dernier courut à lui en riant. Lloyd avait repris ses esprits ! Ils allaient pouvoir partager un repas normal, et le garçon n'en espérait pas plus. Mais il déchanta vite. Lâchant le lapin, dont il abandonna la destinée, il se précipita sur les bras de son père. Ses petites mains serrèrent ses poignets, trop forts et trop larges pour lui, dans l'espoir d'arrêter le sang qui se déversait, aussitôt absorbé par la terre assoiffée. Les yeux verts emplis de larmes fixèrent ceux de l'homme, sans comprendre.


- Pourquoi ? Pourquoi tu voulais me laisser ?

Le chagrin du fils gagna bientôt le cœur du père, et il ne retint plus le torrent d'eau de mer qu'il retenait depuis tant d'années. Il voulut étreindre Feyzin, mais dans un premier temps, l'enfant l'en empêcha. Il pris entre ses quenottes la main droite de son père, et la posa sur son poignet gauche. Le forgeron comprit et croisa ses mains de façon à ce que chacune recouvre les plaies qu'il s'était infligé à l'opposé. Doucement, le garçon se faufila sous les mains qui enfermaient les poignets de son père, derrière les bras puissants et réconfortants. Il se blottit contre le torse de l'homme qu'il admirait plus que tout au monde, l'encourageant à laisser s'écouler le chagrin, ne cherchant même pas à comprendre...

Plus tard, la source se tarit, et Lloyd expliqua à son fils. A plusieurs reprises, l'enfant voulut l'interrompre, pour le contredire, ou le corriger sur ses sentiments. Mais à chaque fois, le regard de l'homme le suppliait. Il fallait qu'il continue. Alors Feyzin se taisait, et écoutait.


- Mon garçon... Tu es devenu fort, grand... et indépendant. Je l'ai vu aujourd'hui, je n'étais qu'un poids inutile pour toi. Ta mère... Tu me rappelles ta mère... A chaque fois que je te regarde, je la vois en toi. Tu as ses yeux, tu lui ressembles... Alors je me souviens d'elle, et de ma peine. Je l'aimais vraiment, tu sais... Je serais mort à sa place si j'avais pu... si j'avais su...

Feyzin comprenait enfin. Lui, le fruit de leur union, rappelait à son père son amour perdu... Perdu, mais éternel. C'était étrange de savoir qu'un tel sentiment faisait autant de bien, mais aussi autant de mal... Son esprit infantile concevait déjà que pour éviter cette souffrance, il fallait s'en prémunir. Il décida à cet instant qu'il ne tomberait jamais amoureux.

- Ne dis pas ça, P'pa... J'ai besoin de toi. Je ne suis qu'un gamin, je ne saurais pas quoi faire sans toi. Maman est partie, je ne me rappelle même pas à quoi elle ressemble. Ne me laisse pas. Je ne veux pas être tout seul...

Son père le prit tendrement contre lui, caressant doucement les cheveux déjà longs de son fils unique, sentant sa peine et sa peur, sa solitude...

- Tu n'es qu'un gamin... mais tu parles déjà comme un adulte... Je te le promets, Feyzin. Je ne me laisserai plus aller. Je ne te laisserai pas seul...

Et Lloyd avait tenu sa promesse. Même si Feyzin voyait parfois la mélancolie le gagner, plus jamais il ne le vit s'égarer dans de quelconques abîmes. Un sourire a parfois de grands pouvoirs...

Seulement, à présent... C'était lui qui avait abandonné son père. Il l'avait laissé derrière lui, il était parti en égoïste. Fils indigne... A présent...

Il était adulte. Feyzin leva les yeux vers le visage blafard de son père. L'homme était mourant. Le jeune homme prit entre ses mains celle, presque froide, du forgeron. Il posa son front contre elle, serra les dents.


- Je t'en prie, P'pa, je t'en prie...

Des larmes s'écoulèrent de son oeil droit, s'écrasèrent contre sa manche, faisant luire, pour un instant seulement, la peau blême. Les paupières couvrirent sa honte, coupant les ponts. Il n'osait pas regarder en face l'homme qu'il avait trahi.

- Je t'aime, P'pa...

Ses doigts se crispèrent. Finalement, il s'était fait avoir... Bien avant de l'avoir décidé... L'amour n'était pas un sentiment si ridicule, et pouvait prendre bien des formes... Il ne le savait pas encore, à l'époque... C'était si vrai... Ce sentiment était doux et pur, mais faisait tellement mal...

- Je t'en prie, P'pa... Ne meurs pas...

Sa main serrait celle de l'homme. Il ne voulait pas la lâcher, mais il le fit. Une quinte de toux le mit à genoux. Ses larmes coulaient sans retenue, ses mains retenaient ses cris. Elles se relevèrent devant ses yeux. Du sang. Oh non... Cela avait commencé ainsi... Feyzin tendit le bras vers celui qui l'avait toujours protégé, qu'il avait voulu protéger à son tour. Il avait failli. Il ne le touchait plus. Il s'éloignait...

- Ne meurs pas !

Sa supplique se perdit dans le vide. Il était trop tard. Et c'était son tour... La gorge obstruée, il cracha du sang une nouvelle fois. Après tout, il le méritait...

Reviens...
Non, ce n'étaient pas ses souvenirs... Cette conclusion s'était imposée dans l'esprit du jeune homme, sans qu'il ne sache vraiment quel raisonnement l'y avait mené. Pourquoi même avait-il dit cela ? Cela ne lui revenait pas. Il s'était plongé dans ses pensées, cela, il le savait. Mais il ne se rappelait plus à quoi il avait réfléchi. Sans explication, son esprit était troublé. Il était assis sur la pelouse, toujours au même endroit, et l'eau s'écoulait sur ses joues aussi naturellement que s'il s'agissait du lit d'un ruisseau. Pourquoi pleurait-il ? Il l'ignorait. Peut-être valait-il même peut-être mieux qu'il ne cherche pas à le savoir. Mais c'était un soulagement. Dans le lointain, il lui sembla entendre les rires d'un enfant. Le temps de l'innocence s'était trop vite terminé, mais peut-être était-ce là sa réponse. Car il pouvait l'affirmer : il avait été heureux.
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Maeth
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MessageSujet: Re: [Récit] Les rêves de Feyzin   [Récit] Les rêves de Feyzin EmptyVen 14 Jan 2011 - 23:50

Comment était-il arrivé là ? Cela n'avait pas beaucoup d'importance, mais Feyzin trouvait qu'il avait de plus en plus fréquemment des trous de mémoire, ces derniers temps... La prairie luxuriante lui apportait une paix qu'il n'avait pas trouvé ailleurs. Il ne voulait pas la quitter, mais s'était tout de même aventuré sur ses terres, en une promenade fort agréable. Chose étrange, il revenait toujours au même point, le portique. Un souvenir...

C'est un havre...
Alors comment avait-il pu se retrouver au bord de ce ruisseau ? Il était sans doute allé plus loin qu'avant, ou pris une autre direction... ou encore suivi une nouvelle fois ce mystérieux insecte... Mais la dernière hypothèse lui semblait farfelue, il ne le voyait pas dans les parages. Qu'attendait-il ? Ce n'était qu'un papillon qui vivait sa vie, il devait être loin... Mais cette source tombait bien. Il pensait justement qu'il commençait à faire chaud dans la plaine, et se baigner un peu ne pourrait lui faire que le plus grand bien. Il observa un instant de rocher duquel s'écoulait le filet d'eau. Il était plutôt mince. Son cours devait s'élargir un peu plus en aval, alors le jeune homme suivit ses courbes. Tout en marchant, il réfléchissait. Il ne serait pas difficile de revenir à son point de départ, mais après ? Retrouverait-il le chemin du portique ?

Ton havre...
Il en avait la conviction. Inutile de s'inquiéter. Le forgeron s'enfonça peu à peu dans ce qui lui apparaissait comme un bois touffu. Il y avait beaucoup de buissons, peut-être plus que d'arbres, mais il paraissait vraiment accueillant. C'est le cœur léger qu'il avançait, osant même troubler le relatif silence en sifflotant une contine de son enfance. Il s'étonnait même de pouvoir la chanter sans fausse note, à croire que le cale qui régnait déteignait sur lui au point de lui rafraîchir la mémoire...
Le forgeron déboucha bientôt sur une petite clairière, éclaircie par le ruisseau qui, en son centre formait comme une petite crique. Quelques rochers faisaient goulot d'étranglement à son extrémité. Le flot était ralenti, et l'eau s'accumulait. Ainsi, son lit était élargit et plus profond, à croire que ce petit coin de paradis avait été mis là juste à l'intention d'un baigneur potentiel... Le demi-elfe se considéra fort chanceux d'être celui-là, et n'hésita pas avant de saisir cette opportunité. Voilà bien longtemps qu'il n'avait pas eu une telle occasion de se détendre, et quelque chose lui disait que pour une fois, il ne risquait pas trop d'être dérangé...
Ses vêtements rejoignirent sans tarder la branche basse d'un arbre, et Feyzin plongea son corps accablé dans le courant. Il eut tôt fait de s'habituer à la température plus que fraîche de l'eau, cela n'était à vrai dire pas pour le déranger. Il trouva une position confortable entre les pierres lisses du fond, et sa tête posée sur le bord, abrité du Soleil par les hautes branches et leurs feuilles doucement agitées par le vent, il se décida à se délasser au fil de l'onde. Feyzin ferma les yeux, et s'endormit avant de le réaliser...

Un bruissement. Ce n'était rien... Sans doute un animal... Feyzin ne pensait pas avoir à prendre la peine d'ouvrir les yeux. Mais c'était déjà trop tard, puisqu'il était réveillé... Alors il souleva légèrement les paupières, juste pour voir ce qui avait troublé sa tranquillité... Et il fut aussitôt debout, l'esprit parfaitement en éveil, l'épée à la main. Il se souciait peu de sa tenue, cela avait bien peu de poids lorsque l'on doit défendre sa vie. Car ce qu'il voyait, ce qui avait fait remuer les buisson pour s'introduire subrepticement dans la clairière, n'étaient autre que des elfes noirs...
Arrêt sur image. Des elfes noirs ? Pourquoi des elfes noirs ? Que faisaient-il là ? Feyzin n'en avait jamais vu de sa vie, leur domaine était bien trop éloigné de ce qu'il connaissait pour en avoir déjà rencontré, pourtant, il en était convaincu, c'était bien cette race honnie qu'il avait sous les yeux. Peau noire et cheveux blancs, face aux yeux rouges qui semble vous dévorer vivant rien qu'en vous dévisageant... Aucun doute. C'était étrange de se dire que malgré leur apparence, malgré leur cruauté, ils étaient beaux. Mais cela ne répondait pas aux questions que le forgeron se posait. Mais il n'obtiendrait aucun retour, il le savait...
Le temps reprit son cours plus vite qu'il ne le pensait. Deux de ces êtres infâmes se tenaient devant lui, il savait que d'autres allaient l'encercler. Il allait devoir se battre. Il regarda la main qui tenait l'épée noire. C'était peine perdue. Ils allaient rapidement être trop nombreux, c'était inutile. Renonçait-il ? Pas vraiment. Il refusait seulement de se battre avec leurs armes. C'était ce qu'il attendaient, et ils gagneraient à coup sûr. Il ne se battrait pas.

Bien dit.
D'une main leste, il vit voler l'épée à son côté, puis la lâcha. L'arme frappa perpendiculairement ses deux adversaires, qui s'évanouirent dans la nature, et tout danger avec eux.

Bien joué.
Ce monde était étrange, et ses règles aussi, mais le forgeron n'allait pas s'en plaindre. Il suffisait de le comprendre... Laissant l'épée là où elle était tombée, de l'autre côté de la berge, Feyzin voulut rattraper le temps perdu. L'adrénaline avait crispé ses muscles, or, il n'était pas là pour ça. Il voulait se relaxer au maximum, et c'est ce qu'il allait faire...

Le forgeron se réveilla une nouvelle fois. Mauvaise surprise, il n'était plus dans l'eau. Il avait à peine ouvert les yeux qu'il avait compris qu'il était mal... très mal. La lumière qui avait touché sa rétine à cet instant semblait elle-même plus sombre, plus inquiétante. L'atmosphère de la forêt avait changé, elle se semblait plus si charmante, et avait tourné son dos à l'avantage des esprits pervers. Feyzin était attaché en position debout à un poteau, et pensait déjà avoir beaucoup de veine que les Elfes Noirs aient laissé ses pieds toucher le sol. Car c'était eux, il en était sûr, il n'y avait pas d'autre possibilité.
Pour le moment, il était seul. Cela lui aurait permis d'évaluer la situation, si ses liens lui avaient laissé le champ libre. Mais sa tête même était immobilisée, un bâillon attaché pour prendre sa bouche, son visage tourné dans une direction précise, qui devait avoir une quelconque signification. Il ne pouvait ni voir la cime des arbres, ni le sol qui devait être jonché de tout un tas d'équipement et d'instruments... Finalement, mieux valait peut-être qu'il ne puisse pas voir...

Des bruits secouèrent la forêt, des pas, des discussions en une langue inconnue. Ils revenaient. Il ne s'était pas trompé. Les premiers qui débarquèrent détaillèrent leur prisonnier, comme s'ils déshabillé du regard. D'un côté, les êtres malfaisants n'avaient eu aucun égard pour ses vêtements, et il ne leur fallait que bien peu d'imagination pour cela. Le jeune homme s'en sentit littéralement sali, ils souillaient son corps sans même avoir à le toucher.
Ce jeu ne dura pas longtemps. Devait-il s'en réjouir ? Qui pouvait dire ce qui allait suivre ? Mais les elfes s'étaient désintéressé momentanément de lui, et jetaient seulement un oeil dans si direction, de temps en temps, distraitement. C'était certain, il ne risquait pas de s'échapper... Mais Feyzin comprit que sa liberté ne les inquiétait pas. Il installaient un second poteau, de façon à ce qu'il se retrouve en face de lui, pile dans sa ligne de mire. Cela, le jeune homme ne pouvait le manquer. Un autre prisonnier ? Mais pourquoi voulaient-ils qu'il le voie ?
D'autres pas se firent entendre, plus nombreux. Et il comprit. Ceux-là amenaient une femme, dans une tenue d'Eve tout aussi embarrassante que la sienne. Elle était plutôt jeune... C'était une elfe, et ses longs cheveux d'ébène avaient au moins l'avantage de cacher sa féminité. Mais lorsqu'elle releva la tête, et que son regard croisa celui du jeune forgeron, celui-ci la reconnut. Il ne l'avait jamais vue. Mais ses cheveux noirs, sa peau hâlée, ses yeux verts, aussi profonds que les siens... Son père lui en avait suffisamment parlé, lui avait décrite assez de fois pour qu'il puisse la distinguer d'entre toutes les femmes. Sa mère...

La jeune femme se retrouva bientôt attachée comme il l'était lui-même, et il la voyait. Ses yeux ne la lâchaient pas. Elle avait remarqué l'attention qu'il lui portait, et c'était évident qu'elle savait. Elle le regardait d'un air désolé, avec autant d'excuses dans le regard que si elle l'avait elle-même condamnée à la mort. Ses yeux verts étaient les même que les siens, et cela était évident, ils se ressemblaient... Il n'aurait jamais cru la voir un jour... mais aurait préféré que ce soit en d'autre circonstances... Il ne pourrait pas lui parler, rien partager avec elle... que des souffrances... Tout en sachant cela, il était incapable de détacher son regard d'elle. Cette vue était tout ce qu'il pourrait avoir d'elle... Et visiblement, il en était de même pour elle...
Les Elfes Noirs n'en attendaient pas moins. L'affection que se portaient ces deux-là était leur meilleure arme... Du coin de l'œil, Feyzin vit l'un d'eux se baisser, ramasser quelque chose. Il ne savait pas quoi. Puis il tourna son regard vers les deux captifs, à tour de rôle. Le jeune homme le savait, il était en train de choisir celui par lequel il allait commencer... Et pour son grand désarroi, cet être immonde semblait avoir une préférence pour les créatures de sexe féminin... Le forgeron vit avec l'elfe porter son dévolu sur sa mère, s'avancer vers elle... Elle frémit quand le métal glacé toucha sa peau. Le bourreau tourna la faucille à la surface de la chair, traçant simplement des sillons sanglants sur elle. Elle se mordit les lèvres. Feyzin imaginait bien qu'elle essayait de se convaincre que cela n'était pas douloureux. Car la suite serait bien pire, ils le savaient tous les deux, et il faudrait qu'elle le supporte...
Lorsque le crochet s'immisça entre les côtes de l'elfe, il ferma les yeux, les plissa douloureusement... les rouvrit. Malgré toute sa volonté, il ne pouvait se détourner du spectacle, aussi morbide qu'il soit... Sa mère l'accepta en silence. Sa respiration était rendue douloureuse par la lame à présent retirée, mais elle ne flancherait pas. Elle inspirait des goulée d'air de façon saccadée, mais ne voulait donner aucune satisfaction à ces être ignobles. Le visage de son tortionnaire se tordit de frustration, et ce fut Feyzin qui gémit lorsqu'il enfonça dans le corps de l'elfe une multitude de lames. Elle ferma les yeux, mais ne cria pas. Tous savaient que ce ne serait pas encore suffisant pour la tuer. La torture était la spécialité des Elfes Noirs, ils n'avaient pas leur pareil pour réaliser cet art...
Les yeux rouges se tournèrent un court instant vers le demi-elfe. Il l'avait entendu. Un sourire carnassier étira sa bouche, découvrant les crocs que l'on pouvait rapprocher de ceux d'une bête sauvage. Il claqua des doigts. Les autres Elfes se baissèrent à leur tour, et s'approchèrent cette fois du forgeron. Ils avait compris qu'ils était plus sensible à la douleur, mais un seul utiliserait sa véritable faiblesse. Feyzin sentit la cruauté qui tailladait son corps, mais n'avait d'yeux que pour la femme en face de lui. Alors que les elfes beaucoup moins tendres que leur chef étaient en train de le découper - il n'avait pas envie de savoir si c'était réellement au sens littéral, mais la sensation en était proche - il réussissait à faire abstraction de sa propre souffrance. Il criait et pleurait, mais ce n'était pas pour lui. Car alors que les bourreaux accomplissaient leur œuvre le véritable tourmenteur avait posé ses lèvres sur le cou de l'elfe, puis ses mains, puis... Il léchait son sang, profitait de son corps, de son impuissance... Elle endurait ce contact en silence, implorant Feyzin du regard pour qu'il se taise, mais il n'en était pas capable. Etait-ce de cette manière qu'il était né ? Etait-il le rejeton innommable d'une union insensée ? Etait-ce ce que cette vision était sensée lui démontrer ? Devait-il voir sa mère se faire violer, l'origine de sa propre conception ? Des larmes de rages noyaient ses yeux, pourtant il ne pouvait s'empêcher de constater cette violence, cette ignominie... Sa propre mère... Etait-il... ?

Ne regarde pas.
Un voile passa sur ses yeux. Plus de sang... Les bruits cessèrent peu à peu. Plus de rire... Un dernier cri, le sien. Puis son propre souffle qui lui disait au moins qu'il était en vie. La pression des lames, puis des cordes diminua, le bâillon ne l'avait pas réduit au silence. Il faisait noir. Il était nu, il avait froid... Se recroquevillant sur lui-même, il se demanda s'il était libre... Mais rien n'atténuait ses doutes... Qui était-il ?

Arrête de penser...
Une dernière sensation subsistait. Sur son visage, comme un masque. Doux et chaleureux... Des ailes de papillon. Réconforté, il se laissa flotter dans l'éther. Il ne ressentait plus rien... Etait-il mort ? Il n'y avait plus rien d'autre...

Mais qui es-tu donc pour souffrir autant ?
Il s'était endormit... C'était mieux ainsi...
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MessageSujet: Re: [Récit] Les rêves de Feyzin   [Récit] Les rêves de Feyzin EmptyVen 14 Jan 2011 - 23:51

Le vol... Quel homme n'a jamais rêvé de sentir ses pieds quitter le sol, de pouvoir enfin être libre comme l'air ? Sans doute, Feyzin ne faisait pas exception... Mais il savait, comme tous les autres, que cela resterait toujours un privilège réservé aux insectes, aux oiseaux... et aux anges... Toujours ? A cet instant précis, le jeune homme n'en était plus du tout certain... La lumière était revenue, et il se sentait léger, si léger... Il ne savait pas s'il était assit sur le dos d'un oiseau quelconque, si quelqu'un le portait ou s'il flottait, simplement, mais assurément, la terre était loin sous lui... Le paysage défilait sous ses yeux, s'étendait à l'infini... C'était une vue superbe, et le demi-elfe s'imaginait mal pouvoir s'en lasser. Le Soleil du matin illuminait les forêts et les montagnes, jusqu'à l'horizon... De temps en temps, une ville humaine entrecoupait la plaine... Pour le moment, Feyzin n'en reconnaissait aucune, ni la verte prairie qui avait été son point de départ... Mais il avait tout le temps, il trouverait...

Lentement, le forgeron se déplaçait... Tout comme ses cheveux, au gré des vents, tout doucement... Les sommets blancs lui faisaient de l'œil, mais Feyzin voulait profiter pleinement du Soleil sans avoir à affronter les grands froids, d'autant plus qu'il n'était pas équipé pour cela. Il se contenterait de les admirer... de loin... Il parcourait les champs, à une allure nonchalante, mais pas monotone. Il s'amusait à détailler les moindres fragments du spectacle, à repérer les animaux qui paissaient en toute quiétude... A cet instant, il n'avait rien à leur envier. Il ne voulait ni être à leur place, ni les approcher. Qui sait ce qui pourrait se passer s'il touchait terre maintenant ? Il ne savait pas comment il s'était retrouvé en haut, mais cela lui plaisait trop pour renoncer maintenant à ce privilège...
Puis il la vit. Cette ville qui commençait à être familière tout en lui réservant encore beaucoup de surprises et de mystères... Elle était beaucoup plus grande que ce qu'elle ne paraissait vue du ciel... Tylen. Cette capitale sélectionnée au hasard d'une carte, où il avait voulut s'installer... Elle était différente, ainsi, mais il l'avait reconnue. Ses entrées, ses ruelles... Il découvrait qu'il n'en connaissait vraiment qu'une parcelle, tout le reste restait pour lui inexploré... Il en avait déjà fait l'expérience, même dans les méandres que l'on croit bien connaître, il est possible de se perdre... Cela peut-être néfaste, tout dépend de la compagnie que l'on a choisie... ou pas.
Le château du Prince dominait au milieu de la place, Feyzin en avait entendu parlé mais ne l'avait jamais vu... Il n'était pas du genre à s'aventurer dans les lieux fréquentés par la noblesse. Ceux-là étaient les premiers à le rejeter... sauf un. Fait pas banal, d'ailleurs, plutôt étrange, même... Son regard parcourut les ruelles. Il était trop loin pour les distinguer les unes des autres, il n'avait aucune chance d'apercevoir son atelier... Elles se ressemblaient toutes ! Il se détourna. De toute façon, il n'avait aucune intention de s'attarder ici...

Ton voyage te plaît ?
Il s'en rendit compte, comme un sursaut : il avait des ailes ! Pas comme celles de ces êtres célestes qu'il enviait parfois, celles ci remplaçaient ses bras, de longue plumes ses doigts... Il ne pouvait le vérifier, mais se doutait que le reste de son corps avait subit la même métamorphose... Il était devenu oiseau ! Et s'il en jugeait pas la proéminence qui dépassait sous ses yeux, il était plus proche de l'espèce des aigles que des moineaux... Quelles perspectives merveilleuses cela lui offrait... Il était déjà loin de sa ville, loin de sa vie... Autant en jouïr à fond tant qu'il le pouvait...
Etendant toute l'envergure de ses ailes, le faucon qu'il était attrapa un courant ascendant. L'oiseau monta vers la voûte, devinant que les fourmis au sol ne devaient déjà plus le voir... Puis il rabattit ses membres tout contre son corps. Il commençait un piqué vertigineux ! La liberté ! La vitesse ! Il en était ivre... Incroyable... Il redressa son corps, se stabilisa en altitude. Il semblait qu'il perdait le contrôle de lui-même. Il devait faire très attention, cela pouvait être dangereux... Mais que craignait-il ? Il était le roi des cieux ! Il connaissait les courants, savait les apprivoiser, les affronter... Il pouvait tout faire !

Je savais bien que cela manquait un peu de piment...
Feyzin Faucon vola un peu, de manière un peu trop sage à son goût. Mais il obtint bientôt ce qu'il cherchait. La prairie à la localisation incertaine... inconnue, même... Fallait-il le préciser ? Elle était là, juste en bas... Ailes repliées, il tomba à nouveau. Cette chute contrôlée était une nouvelle sensation, exaltante... La terre arrivait vers lui avec une hâte non dissimulée, prodigieuse... C'était bien plus excitant que la première fois ! Mais que racontait-il ? Il était bien plus rapide ! S'il ouvrait les ailes maintenant, il les arracherait ! Comment avait-il fait ? C'était impossible ! Il se dirigeait vers le sol de plus en plus vite, droit vers la mort... Que devait-il faire ? Paniqué, l'esprit de Feyzin s'éclipsa, laissant le faucon gérer la situation, satisfait de cette décision. Le vent soufflait dans le plumage, qui en absorbait une partie, de plus en plus... L'air s'engouffra sous les ailes, subitement déployées. A cette hauteur, c'était juste. L'oiseau vira de bord, frôla la cîme des arbres, laissant quelques des plumes dans les branches, signature de son passage. Il tourna encore, revenant au dessus de l'herbe après un trajet qui semblait bien long... Il avait considérablement ralenti, le danger était passé...

Joli rattrapage !
Le soulagement de Feyzin aurait été sans conteste visible, s'il avait pu. De la même manière, il aurait soupiré pour bien l'appuyer... Mais l'oiseau de proie se moquait de lui, de son incapacité à saisir sa chance. Le forgeron n'était pas un oiseau, et n'y connaissait rien à l'art du vol. Il ne savait ni les bases, ni les réflexes, ne voyait pas les flux et les trous dans l'air. Bref était incompétent dans ce domaine... Mais est-ce qu'il demandait au faucon de tenir un marteau et une enclume ? En un mot et un geste, le jeune homme fit terre l'oiseau... et ce fut sur ses jambes qu'il remit pied à terre.
Le portique était toujours là, et Feyzin était en quelque sorte content de le revoir. Cela faisait du bien... Il s'était bien amusé, mais point trop n'en fallait...

Mais... Attends une seconde...

C'était bizarre... Feyzin se retourna de tout côté, mais ne vit rien... Il avait la sensation de ne pas être seul, et que cela n'était pas nouveau... Il aurait juré... Etait-ce un rêve, ou avait-il bien entendu quelqu'un lui parler... ?
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MessageSujet: Re: [Récit] Les rêves de Feyzin   [Récit] Les rêves de Feyzin EmptyVen 14 Jan 2011 - 23:52

Allongé dans l'herbe, les jambes à demi pliées et les bras croisés sous la tête, il était difficile d'imaginer quelque chose de plus agréable... ou du moins de plus relaxant. Feyzin profitait donc d'un nouveau moment de tranquille passivité, mâchouillant pensivement un brin d'ail sauvage. Les yeux tournés vers le ciel, il s'amusait à inventer des formes au rares nuages qui passaient devant le Soleil. Un oiseau. Un chat. Un visage de femme. Un arbre. Un papillon... Cela lui rappelait d'autres souvenirs, qu'il se plut alors à se remémorer plus précisément. La brise vint caresser ses yeux clos, il était déjà ailleurs...

- P'pa ! Regarde !

Tout excité, un petit garçon tendait le doigt vers le ciel à l'homme assis qui veillait sur ses jeux innocents. Emerveillé, il voulait montrer sa découverte à son père. Celui-ci, bienveillant et souriant, suivit la direction indiquée par le doigt. Il pointait tout juste sur un nuage à l'allure singulière.

- Je regarde. Que vois-tu ?

Sautant presque sur place, le gosse s'impatientait. Il aurait préféré que ce soit son père qui le lui dise...

- Tu vois pas ? Tu vois pas ?
- Si, si, je vois... Mais chacun a sa manière d'interpréter, et je veux connaître la tienne.

Avec un sourire extraordinaire, le jeune demi-elfe baissa le doigt, et dessina la forme qu'il avait aperçue dans le sable à ses pieds. Il désigna ensuite le dessin, et le nuage tour à tour, essayant d'expliquer au mieux sa vision des choses.

- Là, c'est un berceau... et tu vois ? Y'a un bébé dedans...
- C'est toi ?

Le garçon fronça les sourcils, mécontent de la réponse de son père, et un peu intrigué par son étrangeté, aussi. Son doigt toucha son torse menu, il fut catégorique.

- Non, moi, je suis là. Ca, c'est un autre... Je sais pas qui c'est.

Le père sourit à l'intervention de son fils. Il était sa fierté, et voyait de jour en jour combien il grandissait. Le temps passait si vite... Il remarqua alors l'expression perplexe sur le visage baissé de l'enfant.

- Qu'y a-t-il ?

Le jeune garçon releva la tête, et son regard interrogea l'homme en même temps que ses lèvres.

- Comment je suis né ?

Interloqué par la question, le père resta un instant silencieux. Grattant nerveusement le derrière de sa tête, il finit ouvrir la bouche, ne sachant trop quoi répondre.

- Eh bien... comment dire... Je crois que... Je sèche.

Avouant directement sa défaite, il espérait que son fils renoncerait. Mais le regard de celui-ci resta planté dans le sien, il attendait une réponse, une vraie, et ne jetterait pas l'éponge de sitôt. L'homme cligna des yeux, tentant de se débarrasser du semblant d'hypnose que les yeux verts exerçaient sur lui, mais il ne pouvait y résister...

- Alors... Par où dois-je commencer... ?
- Par le début, bien sûr ! Et pas de salade, ni de choux ou de cigognes, j'te croirais pas !

L'homme laissa retomber sa tête, complètement vaincu. Visiblement, il avait eu l'intention d'en raconter une belle, mais son fils avait lu en lui. Décidément, il était fort, ce petit...

- Si seulement Ymeria était là... Ca aurait été plus facile...

Alors qu'il secouait la tête, il sentit le garçon monter sur ses genoux. Celui-ci se serra tout contre lui, montrant un besoin de réconfort...

- Elle est où, M'man...

La question ne fut pas posée, il s'était interrompu, comme s'il avait vu venir les larmes qui coulaient à présent sur les joues de son père. Lui n'arrivait pas à être triste. Il ne savait pas ce qu'était d'avoir une maman, en réalité cela ne lui manquait pas vraiment. Mais il vivait la peine de son père et ne pouvait la supporter... Alors il agrippa les habits de l'homme, comme pour le rapprocher encore plus de lui. Et il pleura à son tour, juste pour que son père se sente moins seul.

Feyzin ouvrit les yeux. Toujours le même ciel bleu. C'était vraiment magnifique. C'était l'époque où son père et lui venaient de prendre la route. Il était alors encore trop petit pour comprendre... Mais il se souvenait. Etrange comme sa mémoire était claire ici, même pour des évènements remontant à bien des années... Il ne regrettait pas. Ce n'était pas vraiment triste, et il s'était beaucoup amusé, ce jour-là. Llyod se souvenait qu'il avait un fils, et avait abandonné son chagrin pour lui. Ses absences ne surviendraient que bien plus tard...
Le forgeron se surprit à rire. Il n'avait toujours pas obtenu de réponse à sa question ! Même s'il était depuis un bon moment assez grand pour le appris seul, ce serait assez rigolo de la reposer à présent... Il rit encore, puis s'arrêta. Peut-être pas, en fait.

Tu as un rire magnifique. Pourquoi l'interrompre ?
Oui pourquoi ? Cela faisait vraiment longtemps qu'il n'avait pas ri... Il souriait peu, à présent qu'il vivait seul, et le rire était devenu pour lui un luxe inaccessible... Le prince avait déjà réussi à le dérider, et cela était en soit un exploit... Le visage de Feyzin s'assombrit. Le prince...
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MessageSujet: Re: [Récit] Les rêves de Feyzin   [Récit] Les rêves de Feyzin EmptyVen 14 Jan 2011 - 23:55

La fièvre... Etre cloué au lit à cause de ça ne le rendait vraiment pas heureux... Mais Feyzin n'avait pas le choix. La maladie ne vous laisse aucune alternative, et le meilleur remède resterait en tout temps le repos... Seulement, il n'arrivait pas à trouver le sommeil. Il avait beau rester immobile, allongé sur le dos, yeux clos, vider son esprit de toute pensée, écouter son cœur battre en rythme... Il n'y arrivait pas...
Le demi-elfe ouvrit les yeux. Il redécouvrit sa demeure comme si c'était la première fois. Pourquoi cette impression ? Elle lui était si familière... Peut-être était-ce simplement parce qu'il n'était pas seul... Une main secourable dégagea son front des mèches qui y restaient collées, à cause de la moiteur de sa peau. Son regard se tourna vers lui... Celui qui était resté à son chevet depuis le début, qui le soignait... Il remit en place le bandeau de tissu humide sur le front de son patient d'infortune, et lui sourit.


- Il faut que la fièvre tombe...
- Mer...
- Arrête de t'agiter, ou tu ne guériras jamais !

Färvien... Etait-il vraiment surpris ? Impossible à dire... Il ne s'attendait pas vraiment à ce que le petit prince le couve autant, allant jusqu'à lui apporter l'eau qu'il réclamait régulièrement... Mais il y avait une explication logique : il voulait rattraper ses propres débordements, depuis le début Feyzin savait qu'il se sentait redevable... surtout honteux... Assommé par sa torpeur, flottant entre deux mondes, le forgeron sourit. Grâce à lui, il y arriverait peut-être... à se remettre...
Le jeune homme s'assit sur la chaise installée à côté du lit. Son regard restait fixé sur le demi-elfe, et ce dernier le trouvait étrange... Mais il attribua aussitôt cela à sa température, après tout, il n'était pas dans son état normal... Et lui-même ne réussissait plus à détourner les yeux du visage de son infirmier improvisé. Comment était-il tombé malade ? Il ne se rappelait plus... Mais maintenant, il en était presque content...

Tu en es sûr ?

Encore cette voix... Et voilà, ça devait arriver, la fièvre le faisait délirer... Sa vue se brouilla. S'endormait-il enfin ? Non, c'était autre chose... Feyzin se sentit tout d'un coup beaucoup plus léger... Mais il n'était... nulle part. Ce n'était pas réellement ça. Il était allongé par terre. Sa tête touchait le plancher, sur lequel il avait une vue rasante. Superbe perspective... Mais au moins, c'était propre. En face de lui, plus loin... le prince. Celui qu'il estimait tant, qu'il remerciait intérieurement... Il était lui aussi en loque. Réveillé, pourtant. Mais il regardait fixement devant lui, sans se soucier de l'état de son compagnon. Feyzin se recroquevilla en position foetale. Il ne pouvait pas être aussi indifférent !

Que crois-tu ?
Une sensation chaude sur ses lèvres. Färvien voulait-il lui faire boire quelque chose ? Une tisane ? Feyzin retrouva peu à peu la vue... Il était trop faible pour réagir, mais n'aurait de toute façon pas voulu le faire. Il voyait le visage du jeune prince si proche du sien... Il... il l'embrassait...

...

Pourquoi ne résistait-il pas ? Pourquoi fermait-il à son tour les yeux ? Pourquoi son coeur battait-il jusque dans ses tempes ? Pourquoi avait-il envie de lui répondre ? Y prenait-il du plaisir ? Cela lui ressemblait tellement peu... La fièvre... C'était la fièvre... La fièvre...

Les lèvres simplement posées sur les siennes, le jeune homme n'était pas allé plus loin... Feyzin pouvait-il le regretter ? C'était agréable, et en même temps... Il ouvrit les yeux. Impensable ! Une mèche de cheveux avait glissé sur son visage. Une mèche de celui qui lui avait donné ce baiser... Färvien n'avait pas les cheveux assez longs pour ça... La réaction brusque du demi-elfe fit légèrement reculer le visage qui le couvrait. Il lui sourit. Les cheveux gris, transparents... Le forgeron resta figé de stupeur. Il le reconnut. L'ange ! C'était l'ange !


- Tu as aimé ça ?

Un arrière goût, un goût amer de déjà-vu... Il avait déjà fait ce rêve auparavant... La différence était qu'il était là, immobilisé sur son propre lit. Comment... ? Comment l'avait-il retrouvé ? Comment était-il entré ? Qu'attendait-il de lui ? Feyzin était trop faible pour la colère. Quoiqu'il veuille, l'ange l'obtiendrait. Il était complètement impuissant, et le peu de mouvements que son corps lui permettait de faire étaient bloqués par celui du chevalier assis sur lui.

- Vas-t-en...

En un geste fluide et moqueur, l'être approcha son oreille de la bouche du forgeron, comme pour mieux entendre son message.

- Que dis-tu ? ... Tu en veux plus ?

En même temps que de révéler son interprétation volontairement faussée des paroles faiblardes de Feyzin, l'ange se redressa au dessus de sa victime. Malgré le visage sublime et l'aile qui reflétait la nature céleste de cet être, le forgeron le trouvait en cet instant laid et détestable. Mais il ne pouvait même pas l'exprimer... Une fois de plus, il se retrouvait à la merci de ses bourreaux...

- Je n'arrive pas à croire que tu me le demandes... Mais puisque tu insistes...

Le demi-elfe ouvrit la bouche, mais aucun refus n'en sorti. Ses lèvres muettes firent office d'acceptation, son silence de renonciation. L'ange en profita pour enfiler sa langue entre ses dents, que Feyzin tenta en vain de rejeter. La suite devenait de plus en plus évidente... Un cri retentit finalement... dans sa seule conscience.

Pourquoi ?
Parce qu'il t'a blessé...
Tout redevint noir. Son cœur avait cessé de battre. Il n'y avait plus rien dans sa bouche, mais cela ne signifiait pas qu'il ne sentait plus rien. Il s'en effraya un instant, mais perçut vite la différence. Cette main qui lui caressait le front était douce et apaisante... Pourtant, il ne voyait rien...

Il valait mieux tout arrêter, non ?
Oui...
Laissant deviner un demi-sourire sur son visage, Feyzin ferma les yeux. Il ne savait pas pourquoi quelqu'un lui parlait... Si c'était juste le fruit de son imagination, cela lui était bien égal, au moins... il n'était pas seul.

Merci...
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MessageSujet: Re: [Récit] Les rêves de Feyzin   [Récit] Les rêves de Feyzin EmptyVen 14 Jan 2011 - 23:57

Feyzin ouvrit les yeux. Comme s'il se réveillait, encore une fois. Il fut presque surpris : le Soleil ne l'éblouissait pas comme il s'y était accoutumé, c'était étrange... Il attendit que ses yeux s'habituent à la luminosité ambiante avant d'essayer de savoir où il était. Encore une question à laquelle il fallait répondre... Il était assis. Emmailloté dans le drap qui recouvrait d'ordinaire son lit. Il se sentait encore fiévreux... Alors que faisait-il là ? Trop de questions tournaient dans sa tête, il ne savait pas trop s'il avait envie de réfléchir...

Regarde simplement autour de toi !
Suivant cette directive intérieure, le forgeron leva la tête, et ses yeux découvrirent son environnement. Cela ressemblait à une forêt. Mais aucune forêt de sa connaissance n'avait cette apparence... Visiblement, il avait de la chance d'être assis sur une place sèche, car l'humidité régnait en maître dans cet endroit... S'il n'y avait ces innombrables végétaux et ces arbres immences, le demi-elfe aurait juré être dans un marais... Quel était le mot exact, à propos ? Un bayou ? Non, une mangrove...
Par quel hasard, ou par quel détour saugrenu s'était-il retrouvé là ? Il était certain qu'il n'y avait aucune autre trace de sa venue que sa simple présence ici... Y avait-il une raison à ça ? Vraisemblablement, aucune. Mais il y avait de quoi se demander...

Je ne crois pas que tu sois ici pour rien...

Alors, Feyzin chercha. Du regard uniquement, car il se sentait trop faible pour bouger. Il était vraiment malade... Mais il ne pensa pas à s'en inquiéter. Son regard aiguisé avait repéré quelque chose. Ce n'était pas si loin de lui. Deux groupes se rapprochaient, ils se croiseraient bientôt. Il n'était pas nombreux : Feyzin en comptait trois dans l'un, quatre dans l'autre. Mais il frissonna en réalisant la nature de certains des voyageurs. Il y avait au moins un elfe noir de chaque côté... Ils s'étaient vus. Malgré son manque de force, le demi-elfe fut tenté de fuir... Car l'hostilité qui se dégageait à partir de cet instant était vraiment effrayante...
Bientôt, l'un d'eux se détacha du groupe avantagé en nombre, ne laissant pas le loisir au jeune homme de détailler les autres membres. L'elfe noir défiait son semblable, mettant délibérément à l'écart le reste des opposants. Non... Ce n'était pas un elfe noir... Ses yeux rouges sans blanc ni pupille en disait déjà long... Et il ne se cachait pas... L'aura qui émanait de lui était bien pire... Mais quel être au monde pouvait être pire qu'un elfe noir ? Un... démon ?
L'adversaire désigné s'avança à son tour. Lui était bien un elfe noir. Le seul détail remarquable était ses iris argentés. Mais le plus étrange était que celui-là... tremblait. Les elfes noirs n'étaient-ils pas sensé être de valeureux guerriers, malgré leur vices ? Il ne faisait pas honneur à sa race...

De tout ce qu'il pouvait apercevoir, beaucoup de choses étonnaient le demi-elfe. Mais rien ne pouvait le surprendre que cette simple constatation : il avait de la chance. Il était assez prêt pour distinguer tous ces détails, pourtant les groupuscules l'ignoraient complètement. Etaient-il trop occupés avec l'affrontement qui se préparait, ou ne le voyaient-ils simplement pas ? Feyzin resserra le drap autour de son corps. Les yeux baissés, il le savait pourtant, il n'avait pas froid. La chaleur moite le mettait mal à l'aise, mais il ne pouvait pas trembler pour ça. Cette situation lui faisait peur... Non pour le potentiel danger que les assistants représentaient pour lui, puisque visiblement, il ne leur était rien, mais pour sa propre perception des évènements... Il était à la fois proche et loin de la scène. Il voyait tout dans les moindres détails sans avoir à bouger. Comme s'il était juste à leur côté, mais il savait très bien être assis là, emmitouflé dans un drap be trop léger, sur un espace assez grand pour deux...

Ne cherche pas trop...

Il ne se sentait pas bien... Peut-être délirait-il ? Il avait pourtant une conscience aigue de ce qui l'entourait...

Ne sois pas si tourmenté...
La main... Il se souvenait de cette main, chaleureuse et réconfortante... Il la sentait à nouveau, qui venait à la rencontre de son visage, pour jauger son malaise et sa température. Une vague inquiétude suivit.

Tu as raison... Tu as de la fièvre...
Je ne crois pas qu'elle soit dûe uniquement à ton imagination...
La tension de ses muscles s'envola avec la brise, et le jeune homme se sentit rassuré. Mais il resta muet. Pourquoi cette main... ? Un vent espiègle ébouriffa ses cheveux, tandis qu'un rire joyeux remplaçait le doute dans son esprit.

Plutôt que de poser autant de questions inutiles, tu devrais faire plus attention à ce qui t'entoure...
Le jeune homme cligna des yeux, comme si cet interlude n'avait jamais eu lieu. Il n'y avait plus rien que le vent, il en avait presque oublié ce qu'il regardait... Alors son visage se tourna une nouvelle fois vers le sujet de ses observations. Cherchant la miette qui pouvait lui échapper, Feyzin se concentra sur les deux adversaires.
Le premier affichait une assurance à toute épreuve. Il était sans aucun doute possible un combattant aguerri. Les cheveux négligés le caractère voyageur du personnage, mais ne contrariaient en rien la première hypothèse. Il était vraiment facile de le confondre avec un elfe noir. Les points communs étaient flagrants si l'on réussissait à mettre de côté les yeux sans âme, ainsi que quelques marques visibles sur la peau de la créature, qui attestaient d'origines démoniaques... Un métamorphe ? Pas sûr... Mais quelque part, le demi-elfe le sentait, et le savait peut-être depuis le début. Il était certainement un sang-mêlé. Comme lui...
L'autre était un sang pur. Un véritable elfe noir... Et pourtant, tout dans son attitude rejetait cette idée... Il ne voulait pas se battre, et avait peur... Les cheveux longs, plutôt bien entretenus, montraient une pointe noire, et contrastaient avec l'idée brouillonne que l'on pouvait s'en faire. Outre ce manque de courage désespérant, il ressemblait beaucoup à l'idée que Feyzin se faisait de lui-même... Et en même temps, il le comprenait... Il semblait faire face à la mort elle-même...

Un mouvement attira l'oeil du forgeron sur les personnes qui accompagnaient le peureux. Un de ses compagnons venait de lui tendre une épée.Effectivement, selon toute vraisemblance, il n'était pas armé... Mais il semblait tellement manquer de force qu'il ne put tenir l'arme très longtemps, et l'autre la ramassa entre les roseaux. Il se releva très dignement, et le demi-elfe put alors remarquer son visage. Les traits fins, mais pas autant que ceux d'un elfe. Les oreilles légèrement pointues, les cheveux bleus... Un demi-elfe. Le troisième restait en retrait. Tout ce qu'il montrait de ui était une carrure bien plus imposante que les deux compères réunis, sn visage était caché derrière une capuche. Il était bien malaisé de faire une analyse plus approfondie...
De l'autre côté, regardaient la scène d'un air intéressé des personnages tout aussi hautains que l'assimilé elfe noir. Un homme aux ailes d'ange, mais qui ne pouvait être confondu avec cette race, sa prestance était tout autre, semblait superviser le futur combat, comme s'il s'agissait d'un test pour un disciple. Un homme à l'apparence quelque peu animale se préparait à toute éventualité. Avec cette expression farouche contrariée, il rappelait à Feyzin plus un aigle qu'un homme... La quatrième gardait la réserve ombrageuse propre aux drows. Son masque d'impassibilité ne laissait rien deviner, c'était à peine si les sourcils froncés annonçaient une relative méfiance... Envers qui ?
Quelles étranges compagnies... Feyzin était bien incapable de prendre parti, pour l'une comme pour l'autre... Il n'avait qu'à attendre... mais attendre quoi ?

Fais comme moi...
Attendre et observer... C'est ça ?
Feyzin se sentait légèrement frustré de ne pouvoir agir... Il n'était que le spectateur d'une tranche de vie... Qu'est-ce que cela pouvait lui apporter ? Mais il avait déjà saisi une chose... Que l'on soit elfe noir ou autre ne voulait rien dire... Il ne faut pas se fier aux apparences...

La situation figée sembla enfin se débloquer. Agacé, le faux elfe noir avait lancé une interjection, avant de prendre d'assaut son compatriote... Ce dernier, désarmé, et donc sans défense, se retrouva pris au dépourvu... mais pas autant qu'on pouvait le croire... Car il fut bientôt dans le dos de l'autre, une dague à la main... D'où la sortait-il ? Feyzin n'eut pas à se poser trop longtemps la question... Car le sourire éloquent typique "tel est pris qui croyait prendre" de l'assassin lui apprit que cette dague était la sienne, le craintif combattant venait de la lui voler...
La suite, le forgeron ne la distingua pas très bien. Une chose était sûre : l'elfe noir avait enfin réussi à surpasser sa peur, et se battait à armes égales contre son semblable, si différent... Feyzin était bien incapable en l'état actuel des choses de déterminer qui avait l'avantage... A force de rester dans la même position, il commençait à sentir les fourmis monter le long de ses jambes, et les crampes dans ses muscles... Ses membres protestaient avec bien peu d'énergie contre ce manque d'activité, et ses paupières commençaient à vouloir se fermer toutes seules... Puis l'elfe au sang de démon immobilisa son adversaire de son propre corps. Il afficha un sourire triomphant. Il avait gagné... Quoique... L'elfe noir bougea légèrement sous lui, et l'autre se releva avec un éclat de rire. Egalité.
Le combat était terminé, fini. Mais c'était étrange, comme s'il n'y avait aucune raison... Les adversaires n'étaient pas devenus amis, ni même proches, aucun n'avait été déclaré ni vainqueur ni vaincu, mais les deux souriaient. Un point commun, même si ce qui se dégageait de ce sourire n'avait pas la même signification... L'un était plutôt satisfait, et son sourire sarcastique involontairement carnassier, dévoilait des crocs reluisants. Ce n'était définitivement pas un elfe noir. Les lèvres du second s'étiraient plus timidement,, il avait retrouvé toute sa réserve. Il acceptait le compromis avec naturel, simplement heureux d'avoir réussi à rester en vie...

Plus il les observait, et plus Feyzin avait cette sensation qu'aucun d'entre eux ne s'était battu pour tuer... Le premier avait provoqué cet affrontement pour s'amuser, il savait bien qu'une toute objectivité son adversaire n'avait aucune chance de le vaincre... Son sourire arrogant ne l'avait pas quitté, il n'avait jamais été mis en grande difficulté... Son ennemi avait combattu pour lui-même, plus pour prouver sa valeur que pour sauvegarder sa vie... S'il avait voulu porter atteinte à l'existence de son adversaire, il avait depuis le début les moyens d'être plus sérieux... Le spécialiste des métaux avait vu briller le métal sous sa tunique, signe d'une lame de petite taille, mais d'excellente facture... Pourtant, il ne l'avait pas sortie, préférant utiliser une dague dérobée, moins bonne. Pourquoi ? Certainement pour ne prendre aucun risque, il n'avait eu aucune intention de mettre sa vie en péril. Car Feyzin l'avait vue, cette fine lame... Son teint était terni par des reflets malsains... Du poison... Il aurait pu s'assurer une victoire facile... mais ne l'avait pas fait... Et il n'y avait qu'une seule explication à cela...

Comment sais-tu tout cela ?
Je ne sais pas...
Je crois que tu as beaucoup d'instinct...
N'est-ce pas ce que tu voulais me montrer ?
Tu es le seul à l'origine de tout ça...
Cette seule phrase pouvait lui donner long à méditer... Mais le demi-elfe n'était pas d'humeur. Cette voix dénotait une présence, sa conversation une intelligence... Or, la place à côté de lui était désespérément vide...

Ne pourrais-je jamais te voir comme tu me vois ?
Car le jeune homme en était sûr : qui ou quoi que soit cette entité, elle le voyait, le connaissait... Le fruit de son imagination, très probablement, mais il ne lui coûtait rien de poser la question... Mais il ne s'attendait pas à cette réponse, et encore moins à ce qui suivit... Quel était cette distance ?

C'est impossible...
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MessageSujet: Re: [Récit] Les rêves de Feyzin   [Récit] Les rêves de Feyzin EmptyVen 14 Jan 2011 - 23:58

Il est allongé sur un lit, dans une ambiance inconnue et pourtant familière. Il se lève, ressent comme une impression de mal-être. Il est mal dans sa peau, comme s'il était un peu trop grand. Pourtant, c'est son corps. Ca passera. Il se dirige vers la fenêtre. C'est une baie vitrée. La vue est imprenable, magnifique. Comme tous les matins. Tous les matins ? Vraiment ? Il admire l'aube, il ne s'en lasse pas. Le Soleil, le renouveau... Il est matinal. Comme ce jour là... Habitude annuelle, comme un anniversaire, étrange... Une habitude ? Il n'est pas le seul. Peut-être même le dernier. Les autres sont certainement déjà descendus. L'attendent-ils ? Les habits qu'il revêt sont fins et légers, comme lui. Amples, confortables. Comme toujours. De la poudre iridescente touche ses paupières, un hommage. Mais depuis ce temps, qui peut faire le lien ?

Il sort lentement de la chambre illuminée pour rejoindre un couloir non moins épargné par le Soleil. Des ouvertures, comme des vitraux naturels éclairent les escaliers qui s'enroulent inlassablement. L'extérieur. La terre est décidément très belle vue d'en haut... Le colimaçon débouche sur un autre couloir. Une première pièce s'y détache, un simple rideau la ferme. Un visage le traverse, une jeune femme le percute. Le plateau tombe. Il s'accroupit, afin d'aider la maladroite. De longs cheveux argentés cascadent sur les mains tremblantes qui s'agitent pour ramasser les morceaux de porcelaine, cachant partiellement un visage rougissant. Il sourit devant ce tableau charmant et récurrent, offre son assistance pour la relever. Elle disparaît derrière la tenture, ne pouvant plus supporter sa honte. Avec un soupir plein de compréhension, il reprend son chemin. Une vaste salle se présente bientôt, déjà occupée. Il y est accueilli comme à l'accoutumée.


- Toujours aussi rêveur, -- ?

Un éclat de rire résonne, lui rappelant cette complicité toujours partagée. Un homme blond, aux cheveux d'argent invisibles. La force.

- Bien dormi, chéri ?

Un sourire charmeur et plein de promesses. Une jeune femme aux boucles pâles, fraîche et naturelle... un peu trop. La subtilité.

- Joins-toi donc à nous !

Une poignée de main cordiale mais avenante, un souhait de bienvenue. Peu de paroles pour ce jeune homme brun et taciturne, mais cela suffit. L'efficacité.

Il leur répond. Salutations d'usage, presque impersonnelles, réponse vague à la question posée, acceptation de l'invitation. Il s'assoit à leur côté. Cela lui ressemble tellement... C'est tout comme s'il n'entendait pas sa propre voix. Ils le regardent, il est au centre d'eux...
Personnalités complexes, complémentaires et contraires, une pièce de théâtre. A cette image se superpose une autre. Le visage basané se détend, on n'y devine plus la vieillesse. Ils sont une paire. Deux jeunes hommes blonds, presque des frères. Un autre couple, des jumelles d'âge mûr, dont quelques mèches épargnées par le temps laisse deviner l'ébène de leur chevelure. Quatre, unis sous une même étoiles, grands et beaux. Indéniablement. Regrettait-il cette époque ?

Un regard légèrement anxieux lui est adressé, mais il hoche la tête, tout va bien. Le regard brun sent la différence. Il n'a pas oublié. Les autres ignorent son malaise. C'est normal.
C'est étrange. Son corps s'immobilise presque malgré lui. Plus un mouvement, même plus un souffle. Quelque chose... Cette fois, les trois regards deviennent inquiets, l'intensité de la lueur dorée s'intensifie.

- Quelque chose ne va pas, -- ?

Il regarde la jeune femme pour la rassurer, mais ne réussit à rien dire. Il lui semble tout d'un coup la voir différemment. Et si cette gentillesse n'était que de l'hypocrisie ? Il secoue la tête, chassant cette idée absurde. Il se redresse brusquement, bouscule sa chaise. Il ne les entend plus et remonte déjà les marches qui le séparent de son domaine. Un trouble, une sensation étrangère. Quoi ? Qu'est-ce qui lui avait pris, réagir ainsi, de quitter la table aussi précipitamment ? Des yeux gris ont suivi sa course, mais la question restera sans réponse.

Il arriva dans sa chambre, à la recherche de quelque chose. Qu'il trouva. Un miroir. Il le prit entre ses mains tremblantes et se regarda. Mais il ne vit rien. A peine le mur derrière lui, troublé par l'eau qui tombait de son ciel. Il n'existait pas. Il lâcha l'objet, qu'il entendit se briser en milles éclats cristallins qui lui rappelaient sa réalité. La douleur dans sa chair, la culpabilité.
Puis le silence revint. Il ne respirait plus. Pourtant, il y avait un bruit de fond, comme un murmure... Derrière lui ? Il se retourna. Mais c'était comme s'il s'était retourné sans que son corps ne suive le mouvement, à l'intérieur de lui-même. Le bruit avait cessé, pourtant il savait qu'il n'était pas seul. Feyzin courut, avalant la distance qui le séparait de l'autre, toujours caché à sa vue. Etait-ce lui qu'il avait entendu ? Que devait-il faire ?

Un jour...
Qu'allait-il dire ? Il ne le savait pas lui-même. Pouvait-il affirmer ce que son cœur lui dictait ? Et s'il mentait ? L'autre avait besoin de réconfort, mais avait-il le droit ?

Un jour, je te montrerai... à quoi tu ressembles.
C'est impossible.
Pourquoi ?
Parce que je ne suis qu'un rêve...
Cette phrase sembla se perdre dans le lointain... Feyzin tendit la main comme pour l'attraper. Il était si proche, mais il s'éloignait... Il ne toucha que le vide. Absence.

Reste avec moi !
Il ne répondrait plus. Il était partit. Dans l'obscurité, le forgeron restait seul avec cette pensée, un mot sur le cœur qu'il aurait voulu lui dire : il avait déjà prononcé ces mots...
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MessageSujet: Re: [Récit] Les rêves de Feyzin   [Récit] Les rêves de Feyzin EmptyVen 14 Jan 2011 - 23:59

Le ciel était beau... Pourtant, Feyzin ne savait pas comment il pouvait le trouver beau alors qu'il s'était laissé recouvrir de nuages. Il était morne, comme son humeur. Alors il avait raison, c'était un rêve... Se mettrait-il à pleuvoir, bientôt ? Il y avait un vide... Dans son cœur, dans cette parcelle d'herbe verte, dans ce rêve... Mais quoi ? Aucun insecte dans son champ de vision, aucune aile malicieuse pour troubler sa tranquillité. Il l'avait abandonné, il ne reviendrait pas. Qui ? Le jeune homme était las. C'était un rêve. Il oublierait.

Le forgeron se redressa. Assis, en appui sur ses mains, regardant le ciel, plongé dans ses pensées, il aurait pu se sentir bien. Mais respirer l'air pur de cette prairie luxuriante ne le réconfortait plus. Allait-il se lever et partir une nouvelle fois en ballade ? Il n'en avait aucune envie. Ses yeux vagabondèrent au gré du vent, puis s'arrêtèrent, fixés sur un végétal solitaire.
Le jeune homme se leva. Cette fleur qui se balançait nonchalamment l'intriguait. C'était une rose. Une rose rouge, superbe. Il approcha la main... et la retira aussitôt. Une telle beauté n'était bien sûr pas du genre à se laisser cueillir facilement. Il l'avait presque oublié. Son doigt entre ses lèvres pour guérir la vicieuse piqûre, le demi-elfe la regarda avec mélancolie. Cela valait-il la peine de souffrir pour quelque chose que l'on ne pourrait pas obtenir ? La blessure était profonde. La sournoise le rejetait-elle ? Cela importait-il ?

Le rêveur se détourna, son attention reportée sur la verdure alentour. Plus discrète, mais ne manquant pas de charme à ses yeux, une pâquerette se redressait, fière, ne pouvant pourtant et malgré tous ses efforts rivaliser avec la beauté insolente de sa voisine. Comme un clin d'œil, celle-ci semblait pourtant inviter Feyzin à la cueillir. Un regard compatissant et plein de tendresse vers la rivale minuscule, l'elfe se pencha sur elle, et la détacha délicatement de son support terrestre.
Assis en tailleur au milieu des bruns verts, devant la fleur méprisante qu'il dédaignait à présent, il regardait amoureusement les pétales blancs et le cœur jaune, qui promettaient plus de douceur que la royale sans âme. C'était comme si elle lui parlait, gentille et prévenante. Alors, il commença à l'effeuiller distraitement, tout en comptant mentalement les confettis blancs qui tombaient un à un sans qu'il n'entende la fleur souffrante l'appeler par son nom...
Bientôt, il ne resta que le cœur jaune et doux, que Feyzin promena sur sa joue pour sentir son duvet. Trente-quatre. Calculant machinalement comme pour un jeu que les adolescents s'évertuent à adorer, il conclut : Passionnément. Mais il chassa vite cette idée. Qui pourrait l'aimer autant ? Pas cette rose odieuse, pas sa petite passagère, qu'il avait fait mourir... Il la regarda. Elle l'avait accompagné le temps d'une danse trop courte. Il était la cause de sa déchéance, elle qui avait eu pitié de lui...
Le forgeron détourna les yeux d'elle, rongé par la honte et la culpabilité. Juste le temps de se dire avec un certain amusement qu'il pensait vraiment comme un elfe. Feyzin remarqua alors tout autour de lui des dizaines de ses petites sœurs... Elles n'étaient pas là avant, il l'aurait juré. Il les compta machinalement. Trente-quatre. Le même nombre... Chacune d'entre elles semblait avoir poussé à partir des pétales sacrifiés à sa monotone application. Chacune portait sur elle un de ces pétales qu'il avait touché... Souriant devant un fait si extraordinaire, fruit de son imagination ou de son inattention, le jeune homme serra dans sa main la tige vidée de sa substance, mais trouva à la place de la petite fleur endormie une éphémère vigoureuse. La pâquerette était devenue coquelicot. A ses pieds, une parure simple et colorée, la rose avait pâlit. Feyzin serra la fleur contre son cœur, ce vide...

Tu me...
... manques ?
Muet de stupéfaction, le jeune elfe lâcha le coquelicot, qui se planta au milieu des autres fleurs, ajoutant une touche harmonieuse à l'attendrissant tableau. Le vent la fit onduler, Feyzin sentait un autre regard sur elle. Il n'était plus seul.

Je comprends pourquoi tu la préfères...

Pourquoi restait-il aussi évasif ? Lui qui semblait si bien le connaître, pourquoi ne s'expliquait-il pas ? Le forgeron se sentirait mal tant qu'il n'aurait pas de réponse. Alors il posa la question.

Pourquoi es-tu parti ?

Il sentit ce regard familier et chaleureux le dévisager, comme une pointe d'incompréhension.

Mais... je ne suis jamais parti...

Gêné et confus, Feyzin cacha son visage derrière sa main. S'il était resté à ses côtés, alors pourquoi ne l'avait-il pas sentit ? Pourquoi ne lui avait-il pas parlé plus tôt ?

La vraie question est : pourquoi me voulais-tu auprès de toi ?

Déstabilisé par la question, le jeune homme resta muet.

Qu'attends-tu de moi ?

Comment répondre à une telle interrogation ? L'elfe ne pouvait lui-même prétendre qu'il le savait... Et il avait cette étrange impression que son interlocuteur avait malgré lui déjà sa réponse... Pourtant, il ouvrit la bouche, laissant simplement son besoin d'affection couler hors de lui...

Je voudrais... que tu prennes soin de moi...

Un souhait... Un désir, une espérance... Le cri du cœur qui se manifestait pour la première fois. Le jeune homme fragilisé sentit une chaleur l'entourer, lui rappelant son enfance, quand son père le prenait contre lui...

Je prendrais soin de toi...

Feyzin ferma les yeux et, au travers des bras d'un fantôme illusoire, s'endormit, enfin apaisé.
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MessageSujet: Re: [Récit] Les rêves de Feyzin   [Récit] Les rêves de Feyzin EmptySam 15 Jan 2011 - 0:05

Une réminiscence. Il avait déjà fait ce combat. Et il ne se souvenait pas avoir gagné. La conclusion était-elle irrémédiable ? Il devait faire de son mieux pour éviter de chuter. Il devait vaincre. L'épée serrée entre ses deux mains, il campa sur ses jambes, face à la direction d'où arriverait le chevalier noir. Il le savait déjà, et, cette fois, aurait l'avantage...
Le guerrier surgit dans son champ de vision. Ca y était. Il ne le surprendrait plus. Alors, il le combattrait, et le battrait. Mais une pointe perça son cœur. Il eut juste le temps de se voir cracher du sang et de réaliser son erreur avant de sombrer : ils étaient deux...


- Ah !

Quel était ce cauchemar ? Dans son sursaut, Feyzin s'était redressé. Il retomba sur l'oreiller. C'était confortable. Trop confortable. Il était dans un lit, couvert d'un duvet. Il ne se souvenait de rien de tel... mais s'en souciait peu. Les yeux fermés, le sommeil le tirait à nouveau dans les limbes. Il n'avait aucune envie de le combattre.

Tu as l'esprit tourmenté, mais tu es tellement paisible quand tu dors...

Une main contre sa joue, douce tiédeur. L'envie de la serrer, garder cette sensation dans son cœur. Mais il dormait, le rêve voué à disparaître... Un râclement de chaise le tira de sa somnolence. Le jeune homme ouvrit les yeux, mais ne vit rien... rien. Commençant à paniquer, il tâta autour de lui, ne trouvant rien qui lui vienne en aide.


- Doucement... Calme-toi...

Ah...


La caresse disparut totalement. Son besoin de réconfort l'avait inventée. Mais cette voix était bine réelle... Il la connaissait. Sans aucun doute possible. Alors il l'écouta. Il se recoucha, arrêta de bouger. Un tissu passa sur son front, essuyant la sueur froide qui le faisait trembler. Feyzin ferma à nouveau ses yeux aveugles.

- Où suis-je ?
- Tu es chez toi, Feyzin.

Feyzin...


Le chiffon humide fut remplacé par une main rassurante. La même, étrangement... Mais cette fois, ce n'était pas son imagination...

- C'est normal que tu sois un peu déboussolé...
- Que s'est-il passé ?
- Tu as eu un accident... Tu ne te rappelles pas ?
- Non...
- On t'a trouvé en état de choc. A peine conscient, mais on a compris ce qui s'était passé. Tu as été renversé par une calèche, on l'a vu plus loin. Ce devait être un carrosse vu les ornements de l'attelage... Mais les chevaux ne t'ont pas raté, on a retrouvé des marques de sabot sur ton corps...

Passé le temps de la révélation, Feyzin montra qu'il avait assimilé les évènements et les possibles conséquences en répondant simplement.

- Je n'ai pas mal...

Le froid revint sur son visage, les doigts s'étaient retirés, accusant la surprise. Mais le demi-elfe savait ce qu'il disait, ce qui était la stricte vérité.

- Tu es sûr ?
- Oui... mais je ne vois rien.

Un silence éloquent suivit. Mais lorsque la voix reprit, elle démontra un grand sang froid de la part de la personne qui parlait.

- Ouvre les yeux.

Le jeune homme s'exécuta. Mais cela ne changeait rien pour lui. Sa seule perspective était une obscurité complète. Il sentit un mouvement d'air sous son nez.

- Ne vois tu pas ma main ?
- Je sens que tu l'agites, mais... non.

Feyzin serra les dents. A nouveau, ce silence. Pesant, inquiétant... Mais le plus touché par l'inquiétude était très certainement celui qui avait posé la question... Un souffle sur son visage. Il s'était approché, et le jeune elfe devinait qu'il devait observer ses yeux. Il cligna des paupières : la brise lui chatouillait le bout des cils.

- Ils n'ont rien, tout semble normal. C'est le choc. Cela sera sûrement temporaire...

Cette fois-ci, le ton ne masquait plus le fond de sa pensée. Feyzin était de toute manière assez perspicace pour le deviner, inutile de jouer de mascarade. Son interlocuteur était réellement angoissé, et culpabilisait d'être aussi impuissant...

- La lumière... Est-ce qu'il y a de la lumière ?

Loin de lui l'idée d'aggraver son appréhension, mais le jeune homme imagina sans peine l'autre baisser les yeux avec désespoir.

- Je suis désolé ! Je ne voulais pas que tu...
- Non... Il valait mieux que je le sache. La fenêtre est juste à côté du lit. Le Soleil n'éclaire pas directement la chambre, mais on peut difficilement dire qu'il fait sombre. Tu... Tu ne vois vraiment rien...

Un léger bruit. Un soupir.

- J'aurais dû m'en douter, cela pouvait arriver... C'est arrivé...

Nouveau soupir. Feyzin crut l'entendre se traiter d'idiot. Il ne commenta pas. Au moins, son ton était redevenu un peu plus léger, le jeune homme s'en sentait également soulagé.

- Ca reviendra...

A ce moment, le demi-elfe se posa une question : son compagnon mentait-il ? C'était possible, ne serait-ce que pour que le convalescent qu'il était se sente moins oppressé... Mais il n'avait que sa voix pour le juger, en conséquent, aucun moyen de vérifier...
Le jeune homme se tut un moment, et rien ne vint briser ce silence relatif si ce n'était le bruit de leurs respirations... jusqu'au moment où Feyzin se décida à nouveau à ouvrir la bouche.


- Je suis désolé de te demander ça, mais...

Les mots se coincèrent dans sa gorge. Avait-il honte de sa confusion, de ne pas savoir une telle évidence. Attendant la question, l'autre l'aida pourtant quelque peu.

- Qu'y a-t-il ?
- Qui... Qui es-tu ?

Il entendit un bruit mat. La main bienveillante s'était laissée tomber sur le lit. Comme il s'y attendait, cette interrogation était inattendue. Elle avait complètement déstabilisé son interlocuteur. C'était un choc, il en était convaincu.

C'est donc ta question...

Bientôt la main secourable vint prendre sa température, son porteur s'était reprit.


- Tu es vraiment...
- Je t'en prie... Dis-moi...
- Je ne voulais pas te faire languir... Je suis ton frère.

Ton frère ? Pourquoi pas...


Un rire léger résonnait dans son esprit alors que Feyzin répétait lentement ce mot, pour être certain d'avoir bien compris.

- Mon... frère ?

Il en restait bouche bée. Il ne se souvenait pas avoir jamais eu... un frère..

- Oui, ton grand frère.
- Je...
- Vraiment, vraiment...
- Je suis désolé...
- Tu n'as pas à l'être...
- Je le suis...
- Arrête.

Les paupières de Feyzin se plissèrent douloureusement. Pourquoi n'était-il pas capable de se souvenir de ça ?

- De... de quoi as-tu l'air ?

Un silence, un peu gêné. Même pas interrompu pas le cours de ses pensées. En arrière plan, un véritable malaise...

Cela importe-t-il vraiment ?


- C'est vrai... Ca ira si je te le dis ?
- Oui...
- J'ai les cheveux noirs et les yeux bleus...

Les yeux bleus ? C'est ainsi que tu m'imagines ?


- Comme P'pa...
- Oui... Et toi tu as les yeux de M'man. Mais on nous a toujours dit qu'on se ressemblait...
- C'est bien mieux... Si on est frères...
- On est frères. Cela te suffit-il ?
- Je crois...

Sa main s'avança vers son "frère". Il ne le toucha cependant pas. Il voulait seulement retrouver un souvenir... Une simple phrase...

- C'est toi... Toi qui prends toujours soin de moi...

Il sentit la joie reconquérir le cœur de son aîné. Son sourire était palpable, et il lui prit la main, comme pour donner plus encore de valeur à cette parole.

- Oui... Toujours... C'est ma promesse...

L'émotion noua sa gorge, il déglutit, le jeune homme pouvait presque entendre une goutte tomber sur le drap.

- Tu t'en souviens...
- Oui...

Feyzin sourit.

- Je ne t'ai pas perdu...

Il ouvrit les yeux. Il voyait. Il était dans la prairie familière, il la retrouvait toujours. Un rêve, encore. Il resta allongé, les yeux immobiles. Impossible de s'en rappeler clairement... Etait-ce la même personne ?

Tu parles de moi ?
Feyzin sursauta presque.

Tu es là...
Un rire. Agréable et délicat, comme une évidence. Le rire de son rêve.

Je te l'ai promis.
Fermant les yeux avec délices, Feyzin sourit de plus belle. Rien d'autre n'avait d'importance. Il n'était plus seul. Et cela suffisait à le rendre heureux...
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MessageSujet: Re: [Récit] Les rêves de Feyzin   [Récit] Les rêves de Feyzin EmptySam 15 Jan 2011 - 0:06

Ce clair obscur... Il le connaissait bien... Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas été là... Une petit éternité, lui semblait-il... Son atelier... Il était content de le retrouver... Il prit un papier et le mine de graphite, puis s'assit à sa table. Il était bon de retrouver ses habitudes... Les rayons du Soleil formaient une tâche moirée sur le bois. Bientôt, ils arriveraient sur lui, et il devrait changer de position pour ne pas être ébloui. Mais pour le moment, il était bien, la luminosité était plus que correcte.
Le forgeron saisit la mine et la posa sur la feuille. Il n'avait encore aucune idée de ce qu'elle allait tracer, mais cela viendrait vite. Parfois, il laissait son esprit vagabonder, et le résultat pouvait l'étonner lui-même. Une ligne suivit l'autre...

Le travail n'était pas bien avancé, mais cela ressemblait déjà à quelque chose... L'allure générale ressortait sur le blanc de la feuille, et Feyzin jugeait cela prometteur... Il cligna des yeux, leva la tête. Une ombre avait un instant touché son crayon. Il l'avait, et regardait au dessus. Un papillon attiré par la lumière de la chandelle était passé devant sa main, dévoilant à lui seul des couleurs étranges et envoûtantes. Il l'observa un instant... pour le voir se diriger inexorablement vers la flamme magnifique... et létale... L'insecte tomba, les ailes brûlées. Le jeune homme écarquilla les yeux, avant de pousser doucement le corps mutilé du bout de son crayon. Etait-il mort ? Une flamme s'éleva de son abdomen, ne laissant à peine sur la table qu'un petit tas de cendres. L'insecte avait continué de se consumer, de l'intérieur. Feyzin se leva pour avoir une vue plus précise des dégâts que l'incendie minuscule avait provoqué. Mais lorsqu'il passa la main sur le bois, il ne restait plus aucune trace...

La chandelle assassine laissa couler une larme de cire, triste hommage. Feyzin la fixa, perplexe. Il regrettait la beauté mystérieuse de l'insecte, mais au moins, elle n'était pas prête de s'éteindre... Heureusement, car elle seule lui permettait de travailler aussi tard... Aussi tard ? Son regard se tourna vers la fenêtre. Oui, il faisait nuit... L'artisan se rassit, avec l'impression d'avoir manqué quelque chose...
Les yeux fixés sur son œuvre inachevée, le demi-elfe sourit. S'il réussissait à réaliser ce projet réalisé sur papier, cette épée hybride promettait d'être une réussite... Elle était d'ores et déjà très différente des épée jumelles et opposées, mais tout comme elles serait une fierté...
Ses doigts saisirent délicatement le graphite, il était en bonne voie... Il allait la poser sur la feuille, mais sursauta. Heureusement, avant. Une main s'était posée sur son épaule. Une sueur froide perla sur son front. Moins pour l'appréhension d'une présence étrangère que pour... la peur rétrospective de voir son croquis ravagé... Feyzin ne respirait plus. Le silence s'était installé, comme si la personne qui l'avait dérangé découvrait ce qui l'entourait.

C'est donc ici que tu vis...


Mine à la main, Feyzin se retourna. Il savait à l'avance qu'il ne verrait rien de plus que ce qu'il connaissait déjà, mais il le fit quand même. Pur réflexe. Il aimait être face à son interlocuteur, malgré tout,.

Oui, c'est chez moi...
Il y a deux pièces. Tu vis seul ?
Oui...

Remettant en place la chaise qu'il avait bousculée dans sa surprise. Il revint de façon plus conventionnelle, face à la table.

Pourtant, il y a quelqu'un...

Feyzin leva les yeux. Il avait raison. Un jeune homme aux cheveux blonds était affalé contre sa porte. Le petit prince...

Ah, lui... C'est un client. Il ne restera pas éternellement, il attend seulement sa commande.

Sans vraiment s'en rendre compte, le forgeron avait posé sa mine, et avait le regard fixé sur les yeux mi-clos du prince, le menton sur la main. Il ne le savait pas non plus, mais un sourire éclairait son dos.

C'est étrange, je ne l'aurais pas cru, mais j'apprécie sa compagnie... Je n'ai certainement eu pas la bonne méthode de le lui faire savoir, mais sa présence m'a fait du bien. C'est la première fois qu'un client me permettait vraiment de rompre ma solitude...
Solitude ?
Oui, je crois bien que je me sentais seul...

La voix de Feyzin était devenue morose. Il s'en aperçut et secoua la tête en guise d'excuse à la présence invisible. Balançant la tête sur le côté pour se remettre les idées en place, le crayon revint dans sa main. Le jeune homme sentit un regard curieux frôler sa nuque.

Que dessines-tu ?
Des armes.
Des... armes ?

Le demi-elfe sentit le ton légèrement blessé de son interlocuteur. Il semblait avoir des doutes sur le bien fondé de cette pratique. Et malgré le fait que la forge soit son métier, il le comprenait. Quand il réfléchissait à cela par rapport à sa propre nature, cela semblait absurde. Enfin, c'était lié, de toute façon. Même s'il s'agissait de ses propres interrogations, il voulu quand même expliquer à l'être perturbé. Si c'était pour lui-même, à quoi bon se justifier ? Mais cela serait plus clair...

C'est mon travail. Je suis forgeron.
Je l'avais deviné. C'est quand même un beau métier...
Une passion... En dehors de ce que cela implique...

Après cette phrase, Feyzin n'attendait pas de réponse. Il n'en obtint aucune. Il soupira, avec un peu de lassitude, puis entreprit de continuer ce qu'il avait commencé. Le graphite devenait un outil extraordinaire entre ses doigts, mais le jeune homme le laissait seulement suivre les lignes de sa vision... et s"autorisa un peu d'évasion mentale, ce n'était pas incompatible.
C'était un peu étrange de penser que c'était la première fois qu'il était interrompu de cette façon... Il n'avait pas l'habitude de dessiner en parlant à quelqu'un...

Je me tairais, si tu veux...

Son crayon faillit barrer l'esquisse d'un trait disgracieux. Feyzin grinça des dents, il l'avait cependant retenu à temps. Contrairement à ce qu'il aurait cru en temps normal, il n'était pas exaspéré, n'avait aucune rancune envers l'étrange personnage qui le déstabilisait. Ce dernier le savait parfaitement, sinon il ne lui aurait pas parler de façon aussi abrupte, il en était certain...

N... Non... Ca va...

Pourquoi se sentait-il gêné de dire ça ? Comme si c'était lui le fautif... Peut-être avait-il peur de s'avouer que...

En fait... J'aime bien. Ca change, je...
Tu te sens moins seul ?

Et voilà qui était dit... Bon...

Oui...
On est deux, alors...

Feyzin ne put retenir un sourire. Il sentait que derrière lui, l'humeur était également passée au beau fixe. Il regarda le Soleil faire briller les cristaux de graphite, qu'il s'appliqua à étaler de nouveau sur sa feuille. Il était bien...

Tu es doué, petit elfe...


Cette fois, l'étranger avait attendu qu'il ait posé son crayon pour commenter. Si le jeune homme ne releva pas tout de suite, il fut pourtant interpelé.

Petit quoi ?
Petit elfe...

Feyzin ne répondit pas, indécis.

N'est-ce pas ce que tu es ?
Non... Enfin, si... Pas tout à fait... Je...
Je vois... Ne t'en fais pas, j'ai l'habitude...
L'habitude... de quoi ?
De voir les gens différemment...

Le jeune homme laissa un nouveau blanc dans leur dialogue. Que cela signifiait-il ? Que voulait-il dire ?

Co... Comment me vois-tu ?
Je te vois comme un elfe, sans aucun doute. A moins que tu ne nommes autrement les Eternels aux oreilles pointues.
Ce n'est pas ce que je...
... veux savoir ? Oui, sans doute...
Ma mère était une Elfe...
Tu lui ressembles certainement beaucoup.
C'est ce qu'on dit...
Les yeux n'est-ce pas ? Car elle n'était pas blonde...
Blonde ? Non... Elle avait même les cheveux très noirs...

Feyzin plissa les yeux, presque... méfiant. Que venait-il de dire ? Quelque chose ne collait pas... Son père était blond, mais il ne tenait pas de lui... Qu'insinuait-il ? Et comment savait-il pour sa mère ?

Attends... Tu veux dire que... tu me vois blond ?
Oui. Et tu as de très beaux yeux verts. Leur couleur est profonde...
Je...

Un rire cristallin éclata, mais le but n'était pas de tourner en ridicule l'ignorance de Feyzin ou son incompréhension. Celui-ci se sentait pourtant tout d'un coup bien mal à l'aise...

On ne te le dit pas souvent, je me trompe ?
Non, mais je...

Le jeune homme allait dire qu'il était bien différent de ce que son compagnon décrivait... Il le percevait comme quelqu'un de "normal", sinon, la précision n'aurait pas manqué. A ses yeux il était donc un elfe à la peau claire et aux cheveux blonds. Seuls ses yeux correspondaient vraisemblablement à la réalité. Que cela signifiait-il ?

A quoi ressembles-tu ?


Feyzin ouvrit la bouche. Lisait-il dans les pensées ?

Si on veut, oui...
Je... Comment sais-tu pour ma mère ?

Comprenant l'hésitation du jeune elfe, sans pour autant en connaître la raison, l'individu n'insista pas. Il se contenta de répondre à la question posée, le but n'était pas de le blesser.

C'est toi-même qui me l'as dit...


Le forgeron resta muet. Rien ne lui permettait de prévenir ou d'appréhender l'étrangeté de cette situation... Il baissa les yeux et croisa les mains sous la table avec l'impression de faire la conversation... Il se demandait comment elle avait pu dériver si rapidement...

Au fait... Merci.

A son grand étonnement, la voix souriante, emplie de lumière le suivit dans son raisonnement. Elle n'en avait manqué aucune miette...

As-tu déjà essayé de dessiner autre chose ?
Ne vois-tu pas ce que je fais ?

Sa main promenait déjà le fusain sur la surface vierge d'une nouvelle feuille. Les traits droits et tranchants avaient été remplacés par des lignes courbes qui formaient le fin contour d'un visage... Feyzin n'y avait pas réfléchi, cette image s'était imposée à lui d'elle-même, et il ne lui restait plus qu'à la coucher sur papier...
Un courant d'air souleva quelques mèches sur sa droite. Le jeune homme sourit. "Il" le regardait progresser avec attention.

L'esquisse délicate fut rapidement achevée. Le fusain n'était pas son instrument privilégié, mais l'artiste était plutôt satisfait de sa performance... Il avait représenté l'image d'un homme relativement jeune, aux traits raffinés. Des cheveux sombres encadraient le visage, ouvert, mais sans sourire. Les yeux expressifs semblaient même partager une certaine contrariété. Ce détail ne correspondait pas à l'impression que Feyzin voulait dégager, mais le rendu était sans doute plus réaliste que s'il avait procédé autrement... Pour cela, il ne le changerait pas.
Le jeune homme tourna la tête vers son spectateur, et sentit un autre mouvement d'air lorsque celui-ci prit ses distances. Il en fut presque déçu. Il le sentait frustré, ou jaloux. A côté de lui, l'autre considérait le dessin, et Feyzin imaginait sans mal la même expression que sur son papier. Alors il lui expliqua.

Je suis désolé pour la ressemblance, mais puisque j'ignore à quoi tu ressembles...
C'est... moi ?

Le forgeron faillit éclater de rire. Pour une fois, n'était pas surpris qui voulait. Il était normal qu'il ne se reconnaisse pas, comme il le lui avait dit. Mais plus que cela, c'était le sentiment qui émanait à présent de lui qui provoquait cette réaction exaltée. Du soulagement ou plus que ça... Il en était heureux.

Oui, c'est toi... J'ai fait ce que j'ai pu avec les éléments dont je disposais...
Tu me vois aussi sérieux ?
Non, à vrai dire... Mais tu as l'air triste...
On croirait plutôt que je suis en colère...
Tu ne l'es pas ?
Jamais.

Un chose incroyable arriva alors : Feyzin éclata de rire, à l'unisson avec son complice. C'était ce qu'il était devenu. Véritablement. Quand l'hilarité s'estompa, le jeune homme écrasa une larme au coin de son œil, les lèvres toujours étirées.

Je referais un portait de toi, bien mieux que celui-là, je te le promets.

Malgré la teinte joyeuse de son discours, le demi-elfe eut l'impression, à peine ces mots prononcés d'avoir fait une gaffe.

Tu ne pourras pas.


L'atmosphère s'était indéniablement alourdie, l'ambiance bon enfant avait disparu.

Pourquoi ?
Parce que je n'existe pas...

Cette sensation d'éloignement. Encore... Feyzin l'avait déjà ressentie. Non ! Pas cette fois !

Attends !

Il ne devait pas le laisser partir, il l'avait bien trop regretté la dernière fois... Il tendit la main derrière l'ombre insaisissable, et, contrairement à la fois précédente, réussit à agripper le poignet invisible. Il le tenait. Ses yeux étaient humides. Il sourit.

Tu vois, c'est la preuve...

Le désespoir refit surface. Non... Il ne voulait plus jamais être seul. Ce fut une supplique qui sortit de sa bouche...

Ne t'en vas pas...

La main de son compagnon se dégagea doucement de sa prise. Feyzin en fut effrayé. Il ne le sentait plus...

De quoi as-tu peur ? Je te l'ai dit, non ?

Les yeux embués du forgeron s'ouvrirent un peu plus. La main chaleureuse était venue contre sa joue, comme la caresse du vent. L'air malicieux emportait une feuille légère sur ses ailes, il ferma les yeux. Un papillon s'était posé sur ses lèvres.

Je serais toujours là...
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MessageSujet: Re: [Récit] Les rêves de Feyzin   [Récit] Les rêves de Feyzin EmptySam 15 Jan 2011 - 0:12

Il était allongé sur un lit, une douce musique le berçait. Etrange sentiment que de sentir quelqu'un à son côté, veiller sur lui... Feyzin fut tenté d'ouvrir les yeux, mais une main lui fit bandeau.

Suis-je... ?
Ne cherche pas... Ne réfléchis pas...
Le jeune homme était toujours dans son atelier, il connaissait son atmosphère, familière. Il y était chez lui, c'était ici qu'il se sentait bien. Son compagnon l'avait comprit, et l'y avait ramené. Plus de cauchemar, son esprit n'en laisserait plus passer. L'elfe sourit.

Et... Maintenant... ?

Un douce brise lui caressa le visage, comme s'il était encore en plein air, lui rappelant cette prairie créée pour lui. Un sourire, des yeux qui se plissent. Le bonheur.

Maintenant, repose-toi... Profite, enfin...
Ses paupières ne résistèrent plus, ses muscles se détendirent. L'elfe partait vers un sommeil plus profond...

Arrête de rêver...
Mais Feyzin n'était que trop conscient de la volonté de son protecteur. Inexorablement, il le sentait s'éloigner... Alors de tout son être, il se révolta.

Je ne veux pas.
Il le faut...
Non.
Mais tous ses efforts, tous ces essais pour ramener cet être mystérieux auprès de lui, étaient vains. Il partait...

Pourquoi doutes-tu de moi ?
Alors... pourquoi cette distance ?
Il est temps...
Temps de quoi ? Feyzin ne comprenait pas. Il était à présent loin du repos compensateur que l'autre avait voulu lui offrir, alors que voulait-il dire ?

C'est toi qui t'en vas...
Le jeune artisan sentait toujours les draps sous lui, au dessus de lui, cette chaleur coutumière, tout ce qu'il connaissait... La seule différence, cette présence rassurante qui s'estompait...

Je ne suis qu'un rêve...
Il aurait voulu nier cette dernière confession, pleine de regrets, mais tels furent les derniers mots qu'il entendit.

Réveille-toi.
Il tendit la main vers son compagnon, pour le retenir, pour qu'il le retienne, mais l'obscurité ne lui fit parvenir aucune réponse. Et bientôt, l'obscurité fit place à la lumière. Lentement, il avait ouvert les yeux.
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